Lorsque l’on veut changer un comportement, quel qu’il soit, pour un humain comme pour un chien, on va devoir prendre en compte des tas de paramètres, identifier la cause quand c’est possible, sécuriser au besoin, mais toujours, on devra lutter contre des habitudes !
Et là, même si la théorie est comprise, l’environnement maîtrisé, la volonté enclenchée, malgré tout, ça bloque ! On revient éternellement dans les mêmes schémas ! Pourquoi ? Parce que le cerveau n’aime pas le changement !
Des exemples ? Réfléchissez simplement à votre journée, il y en a probablement plusieurs :
- On est décidé à arrêter de fumer, on sait pertinemment que c’est mauvais pour notre santé, pourtant quand on essaye, le cerveau va nous conditionner à recréer la gestuelle liée à la cigarette (besoin de s’occuper les mains, grignotage d’un stylo, mastication d’une brindille ou d’un chewing-gomme). Cette gestuelle va déclencher la recherche de la récompense habituellement liée, la nicotine, et va nous inciter à grignoter sans cesse, pour compenser son absence.
- Le chien tire en laisse, il est capable de bien exécuter un exercice, mais dans le quotidien, rien à faire, il tracte…

Et si on décortiquait le mécanisme ?
Le cerveau est un organe complexe, récepteur et émetteur d’informations en continu, extrêmement énergivore. C’est une machine de guerre qui consomme 20 % de l’énergie produite et stimule la production d’hormones spécifiques à chaque besoin. Ces hormones vont à leur tour entraîner des actions, des réactions en chaîne qui ont des conséquences sur les systèmes locomoteur, digestif, cognitif…
Pour éviter d’épuiser ses ressources vainement, et donc garder des réserves en cas de danger, le cerveau va sans cesse chercher à fonctionner en mode économie.
Il va donc s’attacher à garder un équilibre existant, même bancal, parce qu’il connait le déroulement. Il va automatiser un comportement répétitif lorsqu’il reconnait le déclencheur, qu’on appelle le signal, sait les actions qui vont en dériver, la routine qui s’enclenche, dans le but d’obtenir la satisfaction induite, la récompense.
Exemple : Lorsque l’on apprend à rouler, on réfléchit à chacun de nos gestes, on surveille nos actions, on contrôle tout plusieurs fois, bref, on est en mode stress parce que l’on s’attelle à une action inconnue. Puis rouler devient une habitude, notre pied appuie sur la pédale d’embrayage sans y penser avant de changer une vitesse, et on ne regarde pas le pommeau pour trouver la bonne vitesse (enfin normalement). Toutes les actions nécessaires à la conduite ont été mémorisées, et répétées assez souvent pour créer un automatisme. Le cerveau est en mode économie, cette tache peut se faire sans chambouler le système, parce qu’on est habitué à la faire.

En restant dans le contexte des voitures, il suffit d’imaginer le cerveau comme un gigantesque réseau routier très complexe.

Ce réseau est constitué :
-d’autoroutes, voies immenses, entretenues, au flux rapide, qui permettent aux véhicules de circuler très rapidement.
-De Nationales, empruntées régulièrement, fluides mais moins rapides.
-De routes de campagne, ça roule (l’information passe), mais il faut être plus vigilant à la qualité de la route, éviter les nids de poule…
– De chemins de terre, pas forcément défrichés, jamais encore empruntés.
Sur ces routes, les synapses, circulent des véhicules très différents, les informations, qui n’auront pas le même carburant, les neurotransmetteurs, mais seront impactés par les mêmes facteurs, les hormones, activées soit par des règles propres au système (signalisation) soit à des éléments extérieurs (météo, accident…).
C’est évidemment un schéma très grossier, simplement fait pour imaginer un système d’une infinie complexité. Le cerveau renforce les autoroutes et abandonne les chemins de terre, c’est la plasticité cérébrale.
Une habitude, c’est une autoroute, les synapses sont myélinisées, l’information passe très rapidement, sans complication. La récompense est d’arriver rapidement à destination, sans surprise.
Plus les routes vont être étroites, mal éclairées, moins l’information circulera rapidement, et plus le niveau de vigilance sera élevé, entrainant la production ou l’utilisation de beaucoup plus de carburant (on consomme plus en changeant sans cesse de vitesse qu’à allure constante), de nervosité et de fatigue pour arriver à destination.
Pour changer un comportement, on va demander au cerveau de quitter l’autoroute qu’il connait par cœur, où la mémoire a tellement souvent fait le trajet qu’elle pourrait le faire « les yeux fermés », pour s’engager sur un chemin forestier où tout est à défricher. Il va falloir faire intervenir tous les gros engins pour créer une nouvelle route, avec tout le stress et la vigilance que l’inconnu implique, ça va donc consommer énormément de ressources !
A choisir, pour obtenir la récompense attendue (arriver à bon port), le cerveau va toujours choisir l’autoroute, et rechignera à la quitter.
Voilà pourquoi il est si difficile de changer un comportement ancré. Et cerise sur le pompon du matelot, lorsqu’on veut intervenir sur une habitude d’un autre être, il va falloir se battre contre deux cerveaux, le vôtre et le sien !
Exemple ? Lorsque le chiot vous saute dessus, par réflexe, on baisse les mains vers lui pour se protéger. Le chien prend l’habitude que, pour attirer l’attention de l’humain, il faut lui sauter dessus, et l’humain a l’habitude de descendre ses mains quand le chien arrive. Pour faire cesser ce comportement, il faut bien que les habitudes des deux côtés s’éteignent !
Moralité ? Lorsque vous vous attelez à changer une habitude, faîtes preuve de vigilance au moindre détail qui vous y ramènerait, de cohérence, mais aussi de bienveillance et de patience !
Laurence Soulier
Patte à Patte Académie
